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Viager immobilier

De la valeur du logement au bouquet puis à la rente mensuelle

Quatre paramètres suffisent à reconstituer une offre de viager. Voici comment passer de la valeur vénale au bouquet, puis à la rente, avec un exemple chiffré.

Barème Daubry : calculer bouquet et rente en 2026
Calculatrice, plan d'appartement et acte de vente en viager sur un bureau

Calculer le bouquet et la rente d'un viager, c'est partir de la valeur vénale du logement, en retirer la valeur de l'occupation conservée par le vendeur, puis partager le solde entre un capital comptant et une rente versée à vie. Le bouquet se calcule en pourcentage de cette valeur occupée ; la rente découle mécaniquement de ce qui reste, de l'âge du vendeur et d'un taux d'actualisation.

Ces deux montants forment ensemble le prix de vente. Le Code civil laisse les parties libres : l'article 1976 permet de constituer la rente « au taux qu'il plaît aux parties de fixer », et aucun texte n'impose de bouquet minimal. Cette liberté a une contrepartie : le prix doit rester sérieux, faute de quoi le contrat peut être annulé pour absence d'aléa ou vileté du prix.

Les quatre grandeurs qui commandent le calcul

Quatre paramètres suffisent à reconstituer n'importe quelle offre : la valeur vénale libre, le rendement locatif qui sert à chiffrer l'occupation, l'espérance de vie du vendeur et le taux d'actualisation. Le pourcentage de bouquet, enfin, est un choix de négociation et non un résultat. Une agence qui ne communique pas ces quatre valeurs empêche toute vérification.

Un cas complet, de la valeur vénale à la rente

Hypothèses d'illustration : une veuve de 82 ans vend en viager occupé un trois-pièces estimé 350 000 €. On retient un rendement locatif de 3 %, une espérance de vie de 9 ans et un taux de 2 %. Le coefficient d'actualisation vaut environ 8,162 ; le loyer théorique de 10 500 € par an donne un droit d'usage et d'habitation de 85 703 € et une valeur occupée de 264 297 €.

Bouquet choisiMontant à la signatureCapital convertiRente annuelleRente mensuelle
15 %39 644 €224 652 €27 523 €2 294 €
25 %66 074 €198 222 €24 285 €2 024 €
35 %92 504 €171 793 €21 047 €1 754 €

Lire le tableau comme un vendeur

Dix points de bouquet en plus représentent 26 430 € encaissés immédiatement et environ 270 € de rente mensuelle en moins. Pour cette vendeuse, le bon curseur dépend de son projet : régler une dette ou financer une adaptation du logement plaide pour un bouquet élevé, tandis que payer une aide à domicile chaque mois justifie une rente plus forte.

Et pour l'acquéreur ?

Le raisonnement s'inverse. Un bouquet élevé exige une épargne disponible ou un prêt, mais allège la charge mensuelle et réduit le risque financier si le vendeur vit longtemps. Un bouquet faible préserve la trésorerie mais engage sur une rente plus lourde, dont le non-paiement peut entraîner la résolution de la vente si l'acte contient une clause résolutoire.

La méthode en cinq étapes

  1. Faire estimer la valeur vénale libre par au moins deux professionnels, à partir de ventes comparables récentes.
  2. Chiffrer le droit d'usage et d'habitation, avec le barème Daubry ou une méthode actuarielle, en précisant le rendement locatif retenu.
  3. Soustraire ce droit pour obtenir la valeur occupée, base de tout le partage.
  4. Choisir le pourcentage de bouquet selon les besoins du vendeur et la capacité de l'acheteur, en pratique souvent entre 20 et 40 %.
  5. Diviser le solde par le coefficient d'actualisation, puis par douze, pour obtenir la rente mensuelle initiale, indexée ensuite chaque année.

Le notaire reprend ces éléments dans l'acte. Il vérifie que la rente dépasse nettement le revenu que le bien produirait, car une rente inférieure ou égale au loyer ne constitue pas un prix réel. Il calcule aussi les droits de mutation, payés par l'acquéreur sur le prix total, bouquet et capital représentatif de la rente compris.

Quand le vendeur ne veut aucun bouquet

Le viager sans bouquet est légal. Tout le prix est alors converti en rente : dans notre exemple, la rente mensuelle approcherait 2 700 €. Cette formule convient à un vendeur qui cherche un revenu maximal, mais elle effraie les acheteurs, qui supportent seuls le risque de longévité. Une rente aussi élevée doit être compatible avec leurs revenus, faute de quoi le risque d'impayé augmente.

Le cas du viager libre

Si le vendeur quitte le logement, il n'y a plus de droit d'usage à déduire : le bouquet et la rente se calculent sur les 350 000 € entiers. Le prix réel est plus élevé, mais le vendeur doit se loger ailleurs. Cette formule convient à un départ en résidence services ou chez un proche, ou à la vente d'un bien déjà vide.

Fiscalité des deux composantes

Le bouquet n'est pas un revenu : il relève éventuellement de la plus-value immobilière, dont la résidence principale est exonérée. La rente, elle, entre dans les rentes viagères à titre onéreux : seule une fraction est imposable, fixée selon l'âge au premier versement, soit 30 % à partir de 70 ans (CGI, art. 158-6). Les prélèvements sociaux s'appliquent à cette même fraction.

Erreurs qui faussent le calcul

Un dernier piège concerne le paiement lui-même. Le bouquet transite par la comptabilité du notaire, ce qui garantit sa réalité ; une partie réglée « de la main à la main » échapperait à cette sécurité et aux droits de mutation, et exposerait les deux parties à un redressement comme à une contestation par les héritiers.

Solutions si les montants ne conviennent pas

Plusieurs leviers existent avant de renoncer. On peut négocier une rente plus forte les premières années puis réduite, prévoir une rente sur deux têtes avec réversion au conjoint, ou remplacer une partie de la rente par une vente à terme sur une durée fixe. Une contre-expertise de la valeur vénale permet aussi de corriger une base de calcul trop basse.

Questions fréquentes sur le bouquet et la rente

Existe-t-il un pourcentage légal de bouquet ? Non. Les usages tournent autour de 20 à 40 % de la valeur occupée, mais tout est négociable, y compris l'absence de bouquet.

Le bouquet peut-il être payé en plusieurs fois ? Il est normalement versé comptant chez le notaire le jour de la signature. Un paiement différé doit être expressément prévu et garanti dans l'acte.

La rente peut-elle baisser après la signature ? Elle évolue selon l'indice prévu au contrat ; en dehors de cette clause et d'une éventuelle révision judiciaire, son montant de base ne change pas.

Qui paie les frais de notaire ? En principe l'acquéreur, sur la base du prix total, comprenant le bouquet et la valeur capitalisée de la rente.

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