Convertir un capital en rente viagère consiste à remettre définitivement une somme à un assureur, qui s'engage en échange à vous verser un revenu périodique jusqu'à votre décès, et éventuellement à celui d'un proche. L'opération est irrévocable : une fois la rente mise en service, vous ne pouvez plus racheter le capital ni le transmettre, sauf options prévues au contrat.
Trois enveloppes permettent cette transformation : le contrat d'assurance-vie, le plan d'épargne retraite et, plus rarement, la rente immédiate achetée directement avec une somme disponible, par exemple le produit d'une vente. Le cadre est celui du Code des assurances ; la rente viagère du Code civil (articles 1968 à 1983) régit surtout les rentes servies entre particuliers, comme dans un viager immobilier.
Quels capitaux peut-on transformer, et à quel moment ?
Un contrat d'assurance-vie peut être converti à tout âge, totalement ou en partie, selon les conditions de l'assureur. Un PER ne se dénoue qu'à partir de la liquidation de votre retraite de base ou de l'âge légal. Les anciens PERP imposaient une liquidation totale, alors que le PER autorise des sorties partielles et des combinaisons de capital et de rente.
Le menu des options proposées par les bancassureurs
Les options varient d'un contrat à l'autre. Le PER Assurance Perspective, assuré par Crédit Agricole Assurances Retraite, permet une réversion de 50 à 100 %, des annuités garanties, une rente à paliers qui augmente ou diminue de 50 % après dix ans, et une option transition majorant la rente de 50 % pendant un à trois ans. Le PER Acacia de SG, assuré par Sogécap, propose cinq formules.
Effet de chaque option sur le montant versé
Chaque garantie supplémentaire a un prix, payé par une rente de départ plus faible. Le tableau résume l'effet qualitatif des options courantes pour un même capital converti au même âge.
| Option | Ce qu'elle protège | Effet sur la rente initiale | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Rente simple | Rien après le décès | Montant le plus élevé | Personne seule sans héritier à protéger |
| Réversion 60 à 100 % | Le revenu du conjoint survivant | Baisse d'autant plus forte que le conjoint est jeune et le taux élevé | Couples avec écart de revenus |
| Annuités garanties | Un nombre minimal d'années versées | Baisse modérée | Crainte d'un décès précoce |
| Paliers ou option transition | Un besoin plus fort au début | Montant majoré puis réduit | Retraités avec un crédit ou des travaux à financer |
Le choix de la réversion est irrévocable
SG le rappelle dans sa documentation : la réversion se décide au moment de la mise en place de la rente et ne peut plus être modifiée. Un divorce ou le décès du conjoint désigné ne vous rendra pas la fraction de rente sacrifiée. Si votre couple est fragile ou si le conjoint dispose déjà d'une bonne retraite, une rente simple assortie d'une prévoyance décès peut être plus adaptée.
Le dossier de conversion, pièce par pièce
Pour un PER ou un PERP distribué par La Banque Postale ou la Caisse d'Épargne, CNP Assurances demande une lettre datée et signée précisant l'option retenue, une pièce d'identité, celle du bénéficiaire en cas de réversion, un RIB, un justificatif de domicile récent, les deux derniers avis d'imposition et, au-delà de 15 000 €, une fiche de renseignements.
Démarches à suivre dans l'ordre
- Faites le point sur vos besoins mensuels et sur l'épargne de précaution à conserver hors rente.
- Demandez à l'assureur une simulation écrite pour chaque option envisagée.
- Faites comparer l'offre par un autre assureur ou un courtier et étudiez un transfert si l'écart est important.
- Adressez la demande signée avec les justificatifs ; joignez la notification de retraite si vous n'avez pas l'âge légal.
- Contrôlez le certificat de rente reçu : montant, périodicité, options, date du premier versement.
Exemple : Jean et Hélène, 150 000 € sur un PER
Jean, 66 ans, garde 30 000 € en capital pour refaire sa toiture et convertit 120 000 €. En rente simple, un taux indicatif de 4 % donnerait 4 800 € par an. Avec une réversion de 60 % au profit d'Hélène, de trois ans sa cadette, la rente baisserait, mais Hélène conserverait environ 60 % du montant en cas de veuvage. Le couple fait chiffrer les deux options avant de trancher.
Le seuil des petites rentes
Lorsque la rente mensuelle issue d'un PER n'atteint pas 110 €, l'assureur peut, avec votre accord, verser un capital à la place. Ce seuil évite des arrérages minuscules grevés de frais ; il peut être intéressant de regrouper plusieurs contrats avant la liquidation.
Erreurs et refus les plus fréquents
- Demande de liquidation d'un PER avant l'âge légal sans justificatif de retraite : la demande est retournée.
- Pièce d'identité du bénéficiaire de réversion manquante : la rente est mise en place sans réversion ou retardée.
- Conversion de toute l'épargne, sans réserve pour les imprévus de santé ou de logement.
- Option choisie sans comparer : une réversion à 100 % pour un conjoint beaucoup plus jeune ampute fortement la rente.
Des alternatives qui gardent le capital disponible
Les rachats partiels programmés sur une assurance-vie procurent un revenu régulier tout en laissant le capital transmissible. Sur un PER, la sortie en capital fractionné étale les retraits sur plusieurs années. Un propriétaire peut aussi vendre sa résidence en viager occupé : il garde l'usage du logement et reçoit un bouquet et une rente calculés à partir du barème Daubry.
Combiner pour sécuriser
Beaucoup de retraités choisissent une solution mixte : une rente qui couvre les dépenses fixes, comme l'énergie et la complémentaire santé, et un capital qui finance les projets et les imprévus. Cette approche limite le risque de manquer de liquidités. Elle permet aussi de différer une seconde conversion de quelques années, à un âge où le taux proposé par l'assureur sera plus élevé et la fraction imposable éventuellement plus basse.
Fiscalité à anticiper
La rente d'une assurance-vie relève du régime à titre onéreux : seule une fraction de 30 à 70 % selon l'âge est imposable et supporte 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026. Celle d'un PER dépend de la déduction ou non des versements.
Questions fréquentes sur la conversion en rente
Peut-on convertir seulement une partie de son assurance-vie ? Oui, si le contrat le prévoit ; le solde reste investi et rachetable.
Combien de temps faut-il pour toucher le premier versement ? Le délai dépend de l'assureur et de la complétude du dossier ; un dossier incomplet est la première cause de retard.
Que deviennent les sommes à mon décès ? Sans réversion ni annuités garanties, la rente s'arrête et le capital reste acquis à l'assureur, ce qui finance la mutualisation entre rentiers.
Faut-il convertir dans le même établissement que celui qui gère l'épargne ? Pas obligatoirement. Un PER peut être transféré vers un autre assureur avant la liquidation, et le capital d'une assurance-vie rachetée peut servir à souscrire une rente immédiate ailleurs ; comparez alors la fiscalité du rachat avec le gain de rente espéré.
Peut-on changer d'option après la mise en service ? Non. Les options se choisissent une fois pour toutes ; seule une rente à paliers prévoit dès le départ une évolution programmée.
Organismes et services à contacter
- Crédit Agricole – PER Assurance Perspective : PER assuré par Crédit Agricole Assurances Retraite : sortie en rente avec réversion de 50 à 100 %, annuités garanties, paliers et option transition.
- SG – PER Acacia (Sogécap) : PER de Société Générale assuré par Sogécap : conversion en rente garantie à vie selon cinq formules, réversion irrévocable choisie au départ.
