La pension de réversion est la part de la retraite d'un assuré décédé versée à son conjoint ou ex-conjoint survivant. Au régime général, elle est soumise à un plafond de ressources ; à l'Agirc-Arrco, elle ne l'est pas. Une rente viagère issue de la vente d'un bien en viager peut donc réduire la première, alors qu'elle reste sans effet sur la seconde.
Cette différence change la façon de préparer un viager après un veuvage. Selon la date de signature et la nature du bien vendu, le même projet peut coûter plusieurs centaines d'euros de réversion par an, ou rien du tout. Comprendre les règles 2026 permet de choisir le bon calendrier et la bonne formule.
Les chiffres 2026 de la réversion
| Critère | Régime général (CNAV, MSA salariés…) | Agirc-Arrco |
|---|---|---|
| Taux | 54 % de la pension du défunt | 60 % des droits complémentaires |
| Âge minimal | 55 ans | 55 ans, sauf deux enfants à charge ou invalidité |
| Condition de ressources | oui : 25 001,60 € par an seul, 40 002,56 € en couple | aucune |
| Remariage | possible, ressources du nouveau foyer prises en compte | perte définitive de la réversion |
| Montant mensuel minimal | 334,92 € pour au moins 60 trimestres | aucun minimum |
Le plafond annuel du régime général correspond à 2 080 fois le Smic horaire brut au 1er janvier, et à 1,6 fois ce montant pour une personne vivant en couple. La réversion de base ne peut dépasser 1 081,35 € par mois en 2026. Un ex-conjoint divorcé peut aussi y prétendre, au prorata de la durée du mariage s'il existe plusieurs bénéficiaires.
Ce que la caisse retient comme ressources
La caisse examine les revenus du demandeur : pensions personnelles, revenus d'activité (diminués de 30 % à partir de 55 ans), revenus du patrimoine et rentes. La résidence principale n'est pas comptée, de même que les biens reçus du conjoint décédé ou issus de la communauté. La réversion est réduite du montant qui dépasse le plafond, ce qui en fait une prestation différentielle.
Un exemple chiffré pas à pas
Mme L., 64 ans, perçoit une retraite personnelle de 900 € par mois. Son mari touchait 1 400 € au régime général : la réversion théorique est de 756 €. Ses ressources annuelles (10 800 €) plus la réversion (9 072 €) font 19 872 €, sous le plafond de 25 001,60 € : elle perçoit la totalité. Elle possède en outre un studio loué hérité de ses parents.
Si elle vend ce studio en viager libre et perçoit une rente de 600 € par mois, ses ressources augmentent de 7 200 € par an. Le total atteindrait 27 072 €, soit 2 070 € au-dessus du plafond : sa réversion de base baisserait d'environ 172 € par mois. Les loyers du studio, eux aussi comptés, disparaissent toutefois, ce qui réduit l'écart réel.
Le moment où la réversion devient définitive
La réversion de base peut être révisée tant que les ressources évoluent. Son montant est figé définitivement trois mois après la date à laquelle le bénéficiaire a obtenu toutes ses retraites personnelles, ou à 67 ans s'il ne peut prétendre à aucune retraite personnelle. Après cette date, une nouvelle rente ne la réduit plus.
Bien choisir le bien et la date du viager
Vendre sa résidence principale en viager occupé a un effet très différent de la vente d'un bien de rapport. La valeur de la maison n'était pas comptée ; la rente perçue, en revanche, constitue une ressource nouvelle. À l'inverse, céder un bien loué remplace des loyers déjà comptés par une rente, souvent d'un montant voisin. Chaque cas se chiffre avant de signer.
Lorsque la réversion n'est pas encore figée, il peut être judicieux de demander d'abord toutes ses retraites personnelles, d'attendre la fixation définitive, puis de signer le viager. Si le besoin d'argent est immédiat, un bouquet élevé et une rente faible limitent l'impact, car le bouquet lui-même n'est pas un revenu ; seuls ses éventuels produits de placement le sont.
Le cas de l'Agirc-Arrco
La réversion complémentaire, égale à 60 % des points du défunt, se cumule sans limite avec toutes les ressources : rente viagère, loyers ou pension personnelle. La demande doit être déposée dans les douze mois suivant le décès ou la date où les conditions sont remplies, faute de quoi les arrérages ne sont rétroactifs que sur douze mois. Le remariage y met fin, pas le PACS ni le concubinage, qui n'ouvrent toutefois aucun droit.
Les démarches dans le bon ordre
- Déclarer le décès aux caisses de retraite du défunt.
- Déposer la demande de réversion en ligne, commune aux régimes, ou auprès de chaque caisse.
- Rassembler les justificatifs de ressources des trois mois précédant la demande et des douze derniers mois.
- Faire simuler l'effet d'une future rente viagère sur la réversion de base.
- Demander ses propres retraites et noter la date de fixation définitive de la réversion.
- Signer le viager ensuite, ou adapter la répartition bouquet-rente si le besoin est urgent.
- Déclarer tout changement de ressources à la caisse tant que la réversion n'est pas figée.
Où se faire aider gratuitement
Les associations départementales de conjoints survivants, comme celles de la FAVEC, aident à constituer les dossiers et à faire valoir les droits. Les conseillers de l'Agirc-Arrco répondent sur la part complémentaire, et le notaire de la succession peut chiffrer l'effet d'une vente en viager.
Les erreurs qui font perdre de la réversion
Ne pas déclarer une rente viagère nouvellement perçue expose à un trop-perçu réclamé ensuite par la caisse. Se remarier sans mesurer la perte définitive de la réversion Agirc-Arrco est une autre erreur fréquente. Déposer la demande complémentaire plus d'un an après le décès fait perdre des mois d'arrérages.
Enfin, vendre en viager dans l'urgence, quelques semaines après le décès, peut cumuler deux pertes : une réversion réduite et un prix négocié sous pression. Patienter quelques mois, avec l'aide ponctuelle d'une caisse de retraite ou d'un CCAS, est souvent plus rentable.
Solutions pour compléter un revenu de veuvage
Avant 55 ans, l'allocation veuvage peut être versée pendant deux ans sous conditions de ressources. La vente de la nue-propriété apporte un capital sans rente, donc sans effet sur les revenus pris en compte. Une rente viagère financière, constituée avec un capital d'assurance-vie, obéit aux mêmes règles de ressources qu'une rente immobilière.
Fiscalité de la rente et du bouquet
La rente de viager est imposée sur une fraction de son montant fixée par l'âge au premier versement (CGI, art. 158-6) : 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % au-delà. La pension de réversion est imposable comme une retraite. Le bouquet, prix de vente, n'est pas un revenu imposable.
Questions fréquentes sur réversion et viager
Le bouquet est-il compté dans les ressources ? Non en tant que tel, mais les intérêts qu'il produit une fois placé le sont.
Un viager signé avant le décès du conjoint change-t-il la réversion ? La rente perçue par le survivant entre dans ses ressources ; le calcul se fait sur la situation au moment de la demande.
La réversion Agirc-Arrco peut-elle baisser à cause d'une rente ? Non, aucune condition de ressources ne s'applique.
Faut-il être marié ? Oui, pour les deux régimes ; les partenaires de PACS et les concubins n'ont pas droit à la réversion.
Organismes et services à contacter
- Agirc-Arrco : Régime de retraite complémentaire des salariés qui verse la réversion de 60 % sans condition de ressources ; conditions d'âge, partage entre ex-conjoints et délai de demande.
- FAVEC – associations départementales : Réseau local de la fédération des conjoints survivants qui accueille, informe et aide les veufs et veuves à constituer leurs dossiers de droits.
- Meilleurtaux Placement : Courtier en épargne retraite qui publie les règles 2026 de la réversion, plafonds, minimum et démarches, et conseille sur les rentes complémentaires.
